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DANCOURT-POPINCOURT par Olivier Debourge
La commune se situe au sud est du Santerre à une Altitude de 90 mètres. La fête communale se déroule théoriquement le 3ème dimanche de mai.
Cité en 1135 "Doencurt", étymologiquement Dancourt viendrait de dom (seigneur) et de curtius (ferme fortifiée ou close).
La route nationale qui sépare Dancourt de Popincourt est une ancienne voie romaine, à la fin du XIX siècle des poteries romaines sont retrouvées au Fort de Chessoy. On peut d’ailleurs observer sur le territoire de la commune les traces de trois villas gallo-romaines.
Dancourt
dépendait de la paroisse du doyenné de Rouvroy-en-Santerre,
de l’archidiaconé et du diocèse d’Amiens. Vocable
: Saint-Martin. Présentateur : le Chapitre d’Amiens par donation
de l’évêque Thibault en 1204. Décimateur : le prieur
de Saint-Mard-les-Roye pour 2/3, les religieuses de Saint-Fuscien pour 2/3
de l’autre tiers, le Chapitre d’Amiens pour le reste. En 1567
et 1581 Jacques Cauzza, curé de Dancourt et de Tilloloy (succursale)
reconnaît que le Chapitre est patron présentateur et qu’il
a droit aux 2/3 des mixtes et menues dîmes et à un 1/3 des grosses,
ce dont celui-ci fit bail au curé le 14 juin 1641. Le droit de l’abbaye
de Saint-Fuscien portait sur une partie du village.
Revenu de la cure : 474 livres 12 sols en 1730, 600 livres en 1772.
Revenu de la fabrique : 62 livres en 1772.
Le fief de Popincourt appartenait primitivement à l’abbaye de Corbie qui en 1185 en abandonne un tiers à André de Popincourt. En 1385, un de ses descendants Jean de Popincourt est avocat du Roi puis conseiller au Grand Conseil et Président des Comptes. En 1400, il devient Premier Président du Parlement de Paris. Le blason de la famille se lit de la façon suivante : d’argent à la croix dentelée de gueules chargée de cinq coquilles d’argent.
Organisation civile d’ancien régime : prévôté et bailliage de Roye, élection de Montdidier, intendance de Picardie, grenier à sel de Roye.
Population
: 32 feux avec Popincourt en 1469, 200 habitants en 1698, 39 et 45 feux en
1709, 43 feux et 124 habitants en 1724, 38 feux en 1760, 42 feux et 102 habitants
en 1772.
Canton de Laboissiére en 1790.
Près de Popincourt mais sur le territoire de la commune de Tilolloy, se trouve un château élevé une première fois vers 1535. Un siècle plus tard, il sera rasé sur ordre du Roi, son propriétaire ayant rendu aux espagnols la place de Corbie qu’il gouvernait. Le château sera reconstruit vers 1645 puis restauré au XVIIIe siècle. Après 1918 ne subsistaient que quelques pans de murs. Il sera "restitué" à l’identique.
Le village souffre des horreurs de la guerre en 1472, sous Louis XI en lutte avec Charles le Téméraire. En 1594 au cours des troubles de la Ligue, Dancourt est pillé par les soldats de Monsieur de Saint Leu, Grand Maître de l’Artillerie. Le village est de nouveau mis à sac en 1636 par les Espagnols.
En 1790. la commune est rattachée à l’éphémère canton de Laboissiére.
L’école communale ouvre ses portes en 1812, en 1899 elle compte 22 élèves de Dancourt et de Popincourt.
Au cours de l’épopée napoléonienne, comme toutes les communes de France, Dancourt voit ses jeunes hommes partir « à la guerre » et au moins deux de ses fils reçoivent, en leurs qualités d’anciens soldats de la Grande Armée, la Médaille de Sainte Hélène : Charles François Dupont (grenadier au 11°régiment de la jeune garde entre octobre 1814 et août 1815) et Jean Baptiste Lefebvre (caporal au 39° régiment d’infanterie de ligne lequel perçoit une pension de 115 frs par an). Un des frères de Charles François Dupont est tué en Espagne le 31 mars 1808.
Les Cosaques arrivent à Roye pour la première fois le 26 févier 1814 et passent à Dancourt quinze jours plus tard pour se rendre à Montdidier. Les mois de novembre et décembre 1815 voient défiler à Dancourt des multiples troupes notamment des prussiens et des hanovriens s’acheminant vers la frontière. Diverses réquisitions sont faites par l’occupant mais ce n’est qu’en 1819 q’une commission départementale instituée par une loi du 28 avril 1816 permet aux habitants d’être indemnisés.
Lors de la guerre de 1870, les Prussiens mettent de nouveau la population à contribution et pratiquent de nouveau des réquisitions.
A partir de 1873 Dancourt est desservie par la section de chemin de fer Montdidier-Roye (Dancourt se trouve au point kilométrique 13). Les arrêts sont les suivants : Faverolles, Laboissière, Grivillers, Dancourt, Laucourt. Cette section appartient à la ligne Saint-Just-en-Chaussée-Cambrai, ouverte en septembre 1873, elle est établie en double voie non électrifiée jusqu'aux années 50 puis mise à voie unique. La ligne étant d'un faible intérêt économique et touristique, le trafic voyageurs cesse le 1er avril 1970. La section Laboissière-Roye est déclassée le 24 février 1975 et déposée à la fin des années 70, la section Montdidier-Laboissière est déclassée le 10 avril 1996 et déposée peu après.
En 1899, Dancourt compte 101 habitants (40 électeurs, 14 écoliers et écolières et 6 enfants non scolarisés de 0 à 6 ans), Popincourt 72 habitants. On trouve alors sur la commune de Dancourt un cheptel composé de 28 chevaux, 60 vaches laitières et 150 moutons. Dancourt produit des fromages « de Rollot » vendus sur les proches marchés de Beuvraignes et de Conchy-les-Pots. Le territoire se compose de 200 parcelles, partagées entre huit agriculteurs. A cette époque le fermage s’élève à 75 francs de l’hectare, le salaire journalier d’un ouvrier agricole est de 2 francs.
L’église, détruite au cours de la Grande Guerre, avait été reconstruite en briques, sur ses anciens soubassements de grés, à la fin du XVIIémé siècle, sauf le mur absidal en pierre du pays dont la fenêtre en plein cintre, à larges ébrasements semblait appartenir à la période romane. Le clocher avec flèche en ardoises, qui s’élevait au-dessus de la façade, avait conservé une cloche de 1785. L’intérieur, éclairé par dix petites baies à cintres arrondis, mesurant 20 mètres de long sur 7 mètres de large, avait une voûte en berceau, avec entraits et poinçons. Le maître-autel en chêne sculpté, orné de colonnettes et de balustres, ainsi que les fonts baptismaux, dataient du XVIIéme. Un autre autel provenait d’une donation faite au chapitre d’Amiens en 1203 par l’évêque Thibaut.
La grande guerre ne se manifeste tout d’abord dans la petite commune que par le départ des hommes et la nécessité pour les femmes, les vieux et les enfants d’achever une abondante moisson.
Les 27 et 28 août 1914, Dancourt voit passer les premiers convois de réfugiés, des Belges puis des Français. Au soir du 28 août l’armée française apparaît, battant en retraite. Les habitants de Dancourt eux-même désertent le village. Dans le désordre le plus complet, les réfugiés encombrent les routes et les cours des fermes abandonnées où ils cherchent un abri momentané.
Au matin du 30 août, rappelé en toute hâte de Lorraine, le 276e régiment d’infanterie avec dans ses rangs Charles Péguy, promis à la mort, débarque en gare de Tricot et traverse Dancourt pour rejoindre Roye à six kilomètres avec pour mission de stopper l’avance allemande.
Au cours du mois de septembre, la course à la mer étire chaque jour un peu plus le front et le secteur de Dancourt ne connaît que de simples escarmouches. Cependant, la commune voisine de Beuvraignes, tombe le 3 octobre, les Allemands incendie le malheureux village qui, au soir du 5 octobre, n’est plus qu’un brasier. Les bombardements sur Dancourt et Tilloloy commencent.
Dancourt n’est pas occupée, mais de novembre 1914 jusqu’en mars 1917 la ligne du "front stabilisé" passe à quelques centaines de mètres du village, de part et d’autre les adversaires creusent tranchées et cagnas.
La grande offensive franco-britannique de juillet 1916 se déroule plus au nord et le secteur reste relativement calme. Le village se trouve dégagé à partir de mars 1917 par le repli allemand sur la « ligne Hindenburg ».
En revanche, au cours de l’offensive allemande de mars 1918, Dancourt est le théâtre de sanglants combats ; le 27 mars 1918 des poilus livrent là un combat désespéré à un contre cinq.
Partis de la position Hindenburg, les Allemands progressent sans discontinuer depuis le 21 mars. Roye est tombé le 26 mars et Dancourt se trouve sur la ligne de front, à la jonction des 1ère et 3ème armées françaises.
A l’aube du 27 mars, le bataillon Mauduit (56ème division, 1ère armée, général Debeney) s’apprête à défendre le centre et le nord du village. Le commandant de Mauduit établi son PC un peu au nord de la station de chemin de fer. Au sud du village, se trouve le 19ème RI (22ème division, 3ème armée, général Humbert). Dans la nuit du 26 au 27 mars ce régiment, chassé de Roye par l’avance ennemie, s’est installé dans les anciennes tranchées françaises de Dancourt-Popincourt-Tilloloy. Au nord des positions tenues par le bataillon Mauduit, la liaison avec le bataillon Picard a été rompue à la suite d’une attaque allemande sur Armancourt la nuit précédente.
Vers 9 heures les tranchées françaises devant Dancourt sont survolées et mitraillées à basse altitude par une escadrille d’une douzaine d’appareils.
Vers 10 heures, une intense préparation d’artillerie sur toute la ligne de front annonce une attaque. Les bombardements sont particulièrement violents sur Tilloloy, Popincourt, Dancourt et Armancourt.
Peu après, les Allemands attaquent les positions du 19ème, mais un réseau de barbelés caché par de hautes herbes les surprend et les bloque juste devant les tranchées françaises. Les mitrailleuses et fusils-mitrailleurs du 19ème entrent alors en action et provoquent un carnage chez les assaillants. Un instant les Allemands reculent mais des renforts arrivent sans cesse et, en dépit de pertes très élevées, l’ennemi, poursuivant son attaque, franchit l’obstacle.
Les fantassins du 19ème se battent à la grenade, au revolver et à la baïonnette pour chaque mètre de tranchée alors que l’ennemi, s’infiltrant par le bois de Tilloloy, les contourne par le sud.
Submergé par le nombre et menacé d’un encerclement définitif, le 19ème se replie sur ordre en direction de Grivillers où s’établit une nouvelle ligne de défense. Pour assurer leur retraite, les Bretons doivent s’ouvrir une brèche à la grenade et à la baïonnette.
Le commandant de Mauduit est informé du repli du 19ème à 10 heures 30.
A la même heure, le capitaine de Novital (15ème chasseurs), dont la compagnie est établie à cheval sur la voie ferrée signale au commandant de Mauduit de multiples infiltrations ennemies. Les Allemands, utilisant le dédale de boyaux et de tranchées, s‘apprêtent à tourner le groupe de maisons où se trouve le PC du bataillon, faute de grenade on ne peut stopper leur avance. Le commandant de Mauduit ordonne un léger repli et rétablit sa ligne face au sud-est.
10 heures 45, l’ennemi poursuit sa progression au sud alors que le bataillon reste sans liaison au nord où se déroule une violente attaque. A 11 heures, la position du bataillon devenant de plus en plus précaire, le commandant de Mauduit décide un repli sur Marquivillers. Des groupes de combats protègent la retraite. Dancourt est tombé !
Une partie du bataillon Mauduit, munitions épuisées, parvient à rejoindre Marquivillers, alors qu’une autre a dû refluer plus au sud, vers Grivillers, où se trouve le 69ème bataillon de chasseurs à pied et des éléments de la 22ème DI (19ème et 62ème RI).
Les pertes sont lourdes au bataillon Mauduit réduit à une cinquantaine d’hommes.
A 12 heures 15, Grivillers défendu par des unités des 106ème RI, 69ème BCP et 22ème DI, tombe à son tour. Les combats vont se poursuivre toute la journée sans empêcher la progression allemande vers Montdidier occupée le soir même, en outre une brèche de 10 kilomètres s’est formée entre les 1ère et 3ème armée française.
Au titre de ses 10 jours ininterrompus de combat, le 19ème RI sera cité à l’ordre de l’Armée «Réduit de plus de la moitié par les pertes subies, fortement éprouvé par de dures fatigues, a retrouvé sous le feu toute sa valeur offensive et a pris une part brillante à l'attaque de la 38ème division sur Rollot et Mortemer".
Au sud de la Somme, à partir du 8 août 1918, commence l’irrésistible contre-attaque de la 1ère armée française du Général Debeney et de la 4ème armée britannique du Général Rawlinson.
Pour la journée du 10 août l’ordre du jour du 10éme CA consiste, après s’être emparé de Montdidier, à poursuivre énergiquement les Allemands. Son axe de marche passe par Davenescourt, Becquigny, ligniéres, Grivillers, Roye. Il dispose de ses trois divisions, la 152éme au nord, la 60éme au sud, la 166éme chargée de nettoyer la zone Gratibus-Figniéres-Montdidier.
Montdidier est effectivement libéré sans coup férir à 10 heures, Marquivillers et Grivillers sont repris également mais les allemands opposent alors une farouche résistance utilisant les tranchées du front de 1917 et nos troupes sont stoppées devant la ligne Armancourt-Dancourt-Popincourt-Tilloloy. Dans l’après-midi, afin de se rendre compte personnellement de la situation le général Debeney gagne le front à Grivillers alors que la position est battue par des tirs de mitrailleuses provenant de Popincourt.
En dépit de la résistance acharnée des Allemands, Dancourt est libéré le 11 août, après seulement quatre mois d’occupation, en même temps que Popincourt, Armancourt et Tilloloy. Les Français retrouvent, dans ce secteur, la ligne de front de 1917 puis la dépassent en libérant Laucourt le 16 août, et Beuvraignes le 20 Août. Le 26 août l’armée Debeney pénètre enfin dans la ville de Roye totalement détruite. La ligne de front s’éloigne définitivement de Dancourt.
Dans son livre "la main coupée", Blaise Cendrars cite à différentes reprises les environs de Dancourt où plusieurs des légionnaires de son escouade trouvent la mort.
Par arrêté du 30 octobre 1920 (JO 7 novembre 1920), le ministre de la guerre André Lefèvre confère à Dancourt, ainsi qu’à huit autres communes voisines la Croix de Guerre avec palme accompagnée de la citation suivante : « Situées pendant quatre années sur la ligne de bataille, ont fait l’objet de violents bombardements qui les ont complètement détruites. Envahies en 1918, ont supporté vaillamment les exigences de l’ennemi, attendant sans défaillance l’heure de la victoire. » Le 10 juillet 1921, Dancourt et 348 autres communes du département reçoivent des mains du ministre de la guerre, Louis Barthou, la Croix de Guerre. La grandiose cérémonie se déroule à l’hippodrome d’Amiens en présence du Maréchal Foch.
Au lendemain de l’Armistice la commune est dévastée, son territoire est parcouru de tranchées et parsemé de trous d’obus. La terre est encombrée de projectiles non éclatés, de kilomètres de fils de fer barbelés et autres ferrailles abandonnées par les combattants. Aucun bâtiment, excepté une petite écurie, n’a été épargné par les combats.
Les courageux habitants rejoignent le village dès qu’ils le peuvent et se logent tout d’abord dans les caves, sous des abris de fortune ou dans quelque demi-ruine rapidement retapée. Bientôt, les services de l’état montent des baraquements et distribuent toile goudronnée et papier huilé qui tiennent provisoirement lieu de toiture et de vitre. Les jardins sont nettoyés, les animaux sommairement installés. Avec l’aide de prisonniers allemands, commence la difficile et périlleuse remise en culture des champs, il faut combler les tranchées et les trous d’obus, arracher les réseaux de barbelés, enlever les projectiles et quelques fois…les morts. Ensuite seulement on se préoccupe de la reconstruction du village qui ne débutera réellement qu’à partir de 1920. L’église Saint-Martin actuelle date de cette époque.
En 1933, la vie a repris son cours, le conseil municipal est composé du maire Z. Normand, de l’adjoint Sainte Marie Langlet, et des conseillers Debourge, Langlet, Nouvion, Dreue, L. Binant, Suret, V. Delcuse, A. Cocu. La « secrétaire-institutrice » est madame Hédouin. Il existe une compagnie d’arc présidée par L. Binant, un café-débit de tabac « Pomart » et un café-épicerie « Boyenval ». Les agriculteurs sont au nombre de onze : L. Balligny, Binant, G. Collet, Debourge, Paul Dreue, vve Dreue, Langlet, Z. Normand, Nouvion, Pauwels, vve Pomart. La commune compte enfin un maçon en la personne d’Eugène Balligny.
En 1944, une colonne de soldats allemands en retraite sur la route nationale est mitraillée par l’aviation alliée à hauteur du village. De nombreux chevaux sont tués, la population doit les enterrer dans un champ.
Le 1er mars 1971 Dancourt et Popincourt forment une seule et même commune : Dancourt-Popincourt avec un territoire de 590 hectares. La population en 2001 s’élève à 128 habitants.
Amiens, Janvier 2002.
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